Cantiga de Santa Maria 106 : le miracle des deux écuyers sauvés de la prison

Sujet : Cantigas de Santa Maria, galaïco-portugais, culte marial, miracle, Sainte-Marie, prison, évasion.
Période : Moyen Âge central, XIIIe siècle.
Auteur : Alphonse X  (1221-1284)
Titre : Cantiga de Santa Maria 106  « Prijôn fórte nen dultosa » 
Album :  Cantigas del Norte de Francia, Eduardo Paniagua (2019).

Bonjour à tous,

ujourd’hui, nos recherches médiévales nous entraînent à la cour d’Alphonse X de Castille pour un nouveau chant à la vierge : la Cantiga de Santa Maria 106. Celle-ci nous ramènera vers le nord de la France et à Soissons pour y découvrir l’histoire de deux écuyers sauvés in-extremis d’une dure geôle par un miracle marial.

La grande compilation de chants mariaux d’Alphonse X

Les deux écuyers voleurs sont capturés par des soldats en arme et montés. Enluminure du Codice Rico, CSM 106.
Pris sur le fait, les deux écuyers sont capturés.

Au XIIIe siècle, le grand roi savant, féru de composition, de poésie et de littérature fit compiler et mettre en musique de nombreux chants à la vierge : chants de Louanges mais surtout récits de miracles qui circulaient alors sur les routes et dans les lieux de pèlerinage médiévaux.

Ils formeront le riche corpus des Cantigas de Santa Maria, soit quelques 420 chansons annotées musicalement, léguées à l’Espagne médiévale et témoins de l’importance du culte marial au Moyen Âge central.

De nos jours, les cantigas sont encore abondamment jouées par les ensembles musicaux de la scène médiévale tandis que les riches enluminures de certains de leur codex continuent d’inspirer les médiévistes ou les musicologues par leur présentation d’instruments anciens et leurs détails.

La CSM 106 : absolution et évasion pour deux écuyers prisonniers

Jeté en prison, les deux écuyers voleurs échangent sur leur condition d'infortune, enluminure du Codice Rico, CSM 106
Prisonniers, les deux écuyers échangent sur leur sort.

Il n’est de prison suffisamment forte pour contrer la volonté de Marie. Le récit de miracle de la Cantiga de Santa Maria 106 est là pour l’affirmer et le fait que les deux écuyers soient enfermés, au départ, pour des actes délictueux n’y changera rien.

« Voleurs » dit la Cantiga. L’enluminure médiévale en tête d’article les montrent proches de bêtes de ferme et on les imagine volontiers pillant ou cherchant leur pitance en prélevant du bétail. Mais le délit ici n’est pas le propos et le chant ne s’y appesantit pas. Leur vœu de souscrire un don important pour la construction et les travaux de l’église de Soissons sera entendu.

Une offrande de clous

Le don consistera en cent clous d’offrande pour l’un et mille pour l’autre. S’agit-il de très précieux clous de girofle, épice très prisée au Moyen Âge ou plutôt des clous frappés sur certaines monnaies médiévales de la péninsule ibérique, en évocation de la croix christique ? Quoi qu’il en soit, les fers seront brisés et la porte de la cellule s’ouvrira pour laisser s’enfuir les deux prisonniers, au nez et à la barbe de leurs gardes.

Au Moyen Âge comme aux temps bibliques, les voies divines restent impénétrables. Contre la justice des hommes, les deux écuyers voleurs seront libérés par leur intention sincère de contribuer à l’édification d’une église.

Puissance et immédiateté de l’intercession mariale

Illustration médiévale représentant les deux prisonnier enfermés :celui qui s'est libéré de ces chaînes explique à l'autre comment le miracle s'est accompli. enluminure du Codice Rico, CSM 106
Les deux écuyers prient pour leur libération.

Eloge des bonnes œuvres et de la charité, éloge de la foi en l’Eglise et en la sainte, le sens du récit de la Cantiga 106 reste clair. Il n’y a pas de limites au pouvoir de rédemption de la Vierge et il n’est jamais trop tard pour s’amender.

Comme dans de nombreux miracles mariaux médiévaux, on est frappé de l’immédiateté de l’intercession. Une fois le vœu ou la prière exprimés, le miracle s’accomplit dans une proximité confondante.

Au Moyen Âge, le monde du surnaturel et du divin jouxte de très près le monde temporel. Et si comme le disent les évangiles « La foi soulève des montagnes« , le monde médiéval ne cesse de le manifester à travers sa foi en Marie.

La Cantiga de Santa Maria 106 et ses enluminures dans le Codice Rico de la Bibliothèque de L'Escurial
La Cantiga de Santa Maria 106 dans le très beau Códice rico de la bibliothèque de l’Escurial.

Aux sources médiévales de la CSM 106

Scène tirée d'un manuscrit médiéval à l'intérieur d'une église : un prisonnier assis dans une geôle, deux garde le surveille, tandis que le premier prisonnier s'échappe. une tour se dresse à l'arrière-plan. enluminure du Codice Rico, CSM 106.
Le premier écuyer s’évade sous l’œil de son compère.

Pour présenter cette cantiga, nous revenons, une fois de plus, sur le Códice rico et ses précieuses enluminures.

Conservé à Madrid, sous la garde de la Bibliothèque Royale de l’Escurial, le Ms. T-I-1 fait partie des grandes références en matière de Cantiga de Santa Maria.

S’il existe d’autres codex autour des cantigas, ce manuscrit médiéval se partage la vedette avec le MS B.I.2 de l’Escorial, également connu comme códice de los músicos. Ce dernier fait toutefois une plus grande place aux enluminures de musiciens. Comme on peut le constater sur les illustrations de cet article, celles du Códice rico sont plus proches du narratif des cantigas.


Eduardo Paniagua et les Cantigas du Nord de France

La version en musique de ce chant à la vierge nous ramène encore vers le maître de musique espagnol Eduardo Paniagua. Il est, à ce jour, le seul, qui compte dans sa discographie, d’avoir enregistré l’ensemble du corpus des Cantigas de Santa Maria.

Face à l’immensité de la tâche, il a procédé à de nombreux recoupements thématiques sans ménager sa peine. On peut même, quelquefois, retrouver des cantigas enregistrées dans des versions différentes sur différents albums.

Cantigas del Norte de Francia - Eduardo Paniagua, pochette de l'album.

La version en musique de la Cantiga 106 du jour est tirée de son album Cantigas del Norte de Francia. Enregistré en 2019, le directeur espagnol y présentait pas moins de 21 cantigas en provenance du nord de France pour une durée d’écoute de 120 minutes.

Vous pouvez retrouver cet album chez votre disquaire favori. À défaut, vous pourrez également l’acquérir sur les plateformes en ligne au format CD ou dématérialisé. Voici un lien utile pour vous le procurer : Cantigas del Norte de Francia, Eduardo Paniagua.


La Cantiga 106 en galaïco-portugais et sa traduction française

Esta é como Santa María sacou dous escudeiros de prijôn.

Prijôn fórte nen dultosa
non pód’ os presos tẽer
a pesar da Grorïosa.

Cette cantiga conte comment Sainte-Marie fit sortir deux écuyers de prison.

Il n’est pas de prison si forte
qui ne puisse retenir des prisonniers
contre la volonté de la Glorieuse.


Desta razôn vos direi
un miragre que achei
escrito, e mui ben sei
que farei
del cantiga saborosa.
Prijôn fórte nen dultosa…

À ce sujet, je vais vous parler
D’un miracle que j’ai trouvé
Écrit et je ne doute pas
Que j’en ferai
Un chant réjouissant (savoureux).
Il n’est pas de prison si forte…


E contarei sen mentir
como de prijôn saír
fez dous presos e fogir
e pois ir
en salv’ a mui Precïosa.
Prijôn fórte nen dultosa…


Et je conterai sans mentir
Comment d’une prison
La très précieuse
Fit s’échapper deux prisonniers
Et se mettre à l’abri.
Il n’est pas de prison si forte…


Dous escudeiros correr
foron por rouba fazer;
mais fôronos a prender
e meter
en prijôn perigoosa.
Prijôn fórte nen dultosa…


Deux écuyers s’en furent en virée
pour voler,
Mais ils furent pris
Et jetés
Dans une prison fort dangereuse.
Il n’est pas de prison si forte…


Jazend’ en aquel logar,
ũu deles se nembrar
foi com’ en Seixôn lavrar
e pintar
viu eigreja mui fremosa.
Prijôn fórte nen dultosa…


Enfermés en ce lieu,
L’un des écuyers se souvint
Comment, à Soissons,
Il avait vu une très belle église peinte
et en construction.
Il n’est pas de prison si forte…


E diss’ a séu compannôn:
“Se éu saír de prijôn,
cen cravos darei en don
a Seixôn
que é óbra mui costosa.”
Prijôn fórte nen dultosa…


Et il dit à son compagnon :
« Si je parviens à sortir de cette prison,
Je donnerai cent clous en offrande
à l’église de Soissons,
Car c’est un chantier très coûteux. »
Il n’est pas de prison si forte…


E pois esto prometeu,
lógo ll’ o cepo caeu
en térra; mais non s’ ergeu:
atendeu
ant’ a noite lubregosa.
Prijôn fórte nen dultosa…


Dès qu’il eut fait cette promesse,
Ses fers tombèrent au sol,
Mais il ne bougea pas,
et attendit
Jusqu’à la nuit obscure.
Il n’est pas de prison si forte…


Mais poi-la noite chegou,
a séu compannôn contou
como ll’ o cepo britou
e sacou
end’ a Virgen pïedosa.
Prijôn fórte nen dultosa…


Mais dès que le nuit vint,
Il conta à son compagnon,
Comment la Vierge miséricordieuse
Avait brisé
et ôté ses chaines.
Il n’est pas de prison si forte…


O outro lle diss’ assí:
“Per quant’ éu a vós oí,
mil cravos levarei i
se mi a mi
tóll’ esta prijôn nojosa.”
Prijôn fórte nen dultosa…


Et l’autre lui dit ainsi :
« Comme je t’ai entendu le dire,
Je porterai mille clous
si elle me libère moi aussi
De cette horrible prison.»
Il n’est pas de prison si forte…


Pois s’ o primeiro sentiu
sólto da prijôn, fogiu,
A guarda, quand’ esto viu,
lóg’ abriu
a cárcer mui tẽevrosa.


Puis, le premier prisonnier libre
S’échappa de prison et s’enfuit,
Et les les gardes quand ils virent cela,
Ils ouvrirent alors
La cellule obscure.


polo outr’ i guardar ben,
ca atal éra séu sen;
mas dele non achou ren,
e porên
houv’ a Virgen sospeitosa,


Pour bien surveiller le prisonnier restant.
Mais de lui ils ne trouvèrent aucune trace
Et par la suite
Ils soupçonnèrent la vierge,


madre de Nóstro Sennor,
que lle fora soltador
dos presos e guïador,
sen pavor,
como Sennor poderosa.
Prijôn fórte nen dultosa…


Mère de notre Seigneur,
D’avoir aidé les deux prisonniers
À s’échapper et de les avoir guidé
Sans peur,
Comme la grande dame puissante qu’elle est.
Il n’est pas de prison si forte…


Retrouvez ici plus de Cantigas de Santa Maria traduites en français, avec versions en musique, partitions et sources.

En vous souhaitant une belle journée.
Fred
Pour Moyenagepassion.com
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« Quand les sages gouverneront », Ballade médiévale, politique et Morale

Sujet  : poésie, auteur médiéval,  moyen français, ballade, poésie satirique, poésie morale, poésie politique.
Période  : Moyen Âge tardif,  XIVe siècle.
Auteur :  Eustache Deschamps  (1346-1406)
Titre  :  «Quant les saiges gouverneront»
Ouvrage  :  Poésies morales et historiques de Eustache Deschamps, Georges-Adrien Crapelet (1832).

Bonjour à tous,

ujourd’hui, nos aventures médiévales nous entraînent au Moyen Âge tardif, plus précisément dans la deuxième partie du XIVe siècle. Au programme, la découverte d’une nouvelle ballade morale et politique du poète Eustache Deschamps.

D’entre les 1000 ballades rédigées par l’officier de cour et auteur champenois, nombreuses sont celles qui dénoncent les abus politique et la corruption des puissants. Dans les allées du pouvoir comme à la cour, où qu’il pose son regard, Eustache ne cesse de dénoncer convoitise, avidité et valeurs morales en perdition. Les princes ne sont pas les seuls qui en prennent pour leur grade ; ceux qui gravitent autour ne sont jamais en reste.

Course au pouvoir et ambition débridée

Quand les sages gouverneront, illustration avec enluminure sur le sort réservés aux corrompus en enfer, Manuscrit 1130 
Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève.

Dans la ballade du jour, c’est à nouveau un regard de l’intérieur que l’auteur médiéval projette sur les allées du pouvoir. Ambitions des uns et des autres, course effrénée pour le prestige et les fonctions, les « fous » s’imposent contre les sages et les gens de valeur dans une absence totale d’éthique et d’honneur.

Pour le très moral Eustache Deschamps, une seule solution s’impose : à défaut de leur préférer des sages conseillers, vertueux et dévoués, mieux vaut réduire drastiquement le nombre de ces officiers malveillants et ambitieux.

Au delà du bon gouvernement, il est question de restauration de valeurs morales mais aussi d’harmonie et de morale chrétienne (amour du prochain). Pitié, foi et raison verront-elles consacrer leur règne ? Oui, quand les sages gouverneront, si toutefois cela survient. Eustache l’appelle de ses vœux mais il n’est pas certain qu’il y croit vraiment.

Aux sources manuscrites de cette ballade

"Quant les sages gouverneront" d'Eustache Deschamps dans le ms Français 840 de la BnF.
La ballade du jour dans le Ms Français 840 de la BnF (à consulter sur Gallica.fr)

Aux sources de cette ballade médiévale, nous retrouvons, une fois de plus, le ms Français 840 de la BnF. Cette véritable bible de l’œuvre d’Eustache Deschamps est devenue incontournable pour l’étude du poète médiéval.

Pour la version en graphie moderne de cette poésie, nous l’avons empruntée à l’un des premiers découvreurs modernes d’Eustache. Il s’agit, bien sûr, de l’écrivain et imprimeur Georges-Adrien Crapelet et son ouvrage Poésies morales et historiques de Eustache Deschamps, daté de 1832.

En ce qui concerne l’enluminure sur l’image d’en-tête et l’illustration, elle est tirée du Manuscrit 1130 de la Bibliothèque Sainte-Geneviève : Le Pèlerinage de l’âme de Guillaume de Digulleville (fin XIVe siècle) et contemporain de la poésie d’Eustache. Elle représente le supplice infligé aux corrompus en Enfer.


Quant les saiges gouverneront
d’Eustache Deschamps

NB : le moyen français d’Eustache peut présenter quelques difficultés. Aussi, nous ajoutons quelques clefs de vocabulaire qui devraient vous permettre de les dépasser.

Comment le roy avra juste maison et son royaume bien reformé quant
les saiges gouverneront
.

Quant se pourra tout reformer ?
Quant sera paix et vraie amour ?
Quant verray je l’un l’autre amer ?
Quant verray ge parfaicte honnour ?
Quant avra congnoissance tour*
(à leur tour)
Verité, loy, pité, raison ?
Quant sera justice en saison*
(à propos, quand viendra justice),
Que les mauvais pugnis*
(punis) seront ?
Quant avra roys juste maison
(maison bien tenue)?
Quant les saiges gouverneront.

Qui fait les choses mal áler ?
Qui nous a fait tant de dolour ?
Les foulz es estas eslever
1,
Les saiges laisser en destour*
(écartés, délaissés),
Les vaillans mettre au cul du four
2,
Faire injustice et desraison,
Convoitise, orgueil, traïson,
Et trop d’officiers qui yront
A honte et a perdicion
Quant les saiges gouverneront.

L’en queurt aux estas demander ;
C’est au requerant deshonnour
3,
Qui n’est digne de l’exercer.
L’en doit eslire sanz favour
Prodomme qui soit de valour
Sanz son sceu
4. Telle election
Fait bon fruict. Sanz destruction
(dans la paix, sans dommage)
Les princes par ce regneront
Et leur peuple en vraye unïon
(en concorde avec leur peuple)
Quant les saiges gouverneront.

Prince, pour la grant charge oster
Du peuple, vueillez moderer
Les officiers qui trop sont
Et a droit nombre*
(un nombre plus juste, plus modéré) ramener.
Lors ne pourra que bien aler
Quant les saiges gouverneront.


Découvrir d’autres ballades satiriques et politiques d’Eustache Deschamps :

En vous souhaitant une très belle journée.

Frédéric EFFE
Pour Moyenagepassion.com.
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Notes

  1. Les fous sont élevés en rang et en fonction ↩︎
  2. Les gens de valeur sont rejetés, relégués dans le néant ↩︎
  3. Ceux qui quémandent des fonctions se couvrent eux-mêmes de déshonneur. ↩︎
  4. Il vaut mieux choisir pour une fonction un honnête homme et de valeur qui ne demande rien ↩︎

Marc Bloch et les rois thaumaturges à la Basilique Saint-Denis

Conference à la Basilique Cathédrale Saint-Denis, une photo du transept gothique.

Sujet : conférence, monde médiéval, École des Annales, Nouvelle Histoire, Marc Bloch, médiéviste, panthéonisation.
Période : Moyen Âge (haut et central)
Conférence : Quand les rois guérissaient, l’enquête de Marc Bloch sur les rois thaumaturges.
Dates : Mardi 30 juin 2026 à 19h30.
Intervenant : Yann Potin
Lieu : Basilique cathédrale Saint-Denis, 1, rue de la Légion d’Honneur, Saint-Denis, Île-de-France.

Bonjour à tous,

ette fin de mois, sur l’agenda, la basilique cathédrale Saint-Denis vous invite à redécouvrir l’un des pères de l’École des Annales, le célèbre historien et résistant Marc Bloch.

Alors qu’approche la date de sa panthéonisation prévue pour le 23 juin, la basilique propose une conférence, fort à propos, sur les travaux du médiéviste autour du thème des rois thaumaturges.

Les rois guérisseurs de Marc Bloch

« Le Roi te touche, Dieu te guérit »

Marc Bloch Les rois Thaumaturges, le livre et sa couverture (chez Armand Colin)

Le Moyen Âge a connu une longue tradition de rois « guérisseurs ». Héritiers directs du Christ, représentants de Dieu sur terre, on leur reconnaissait alors des pouvoirs surnaturels, entre lesquels le pouvoir de soigner par l’imposition des mains.

Le phénomène déborda du Moyen Âge puisqu’on connut le rituel du toucher des écrouelles jusqu’à des périodes très récentes et sous Charles X (1757-1836).

Dans son ouvrage daté de 1924, Les Rois thaumaturges, Étude sur le caractère surnaturel attribué à la puissance royale particulièrement en France et en Angleterre, Marc Bloch ouvrait une large enquête sur le sujet. Au delà des sources et des faits, c’est aussi la dimension sociale du phénomène qu’il s’attacha à décrypter, tout autant que l’analyse symbolique de la figure royale, dans le contexte de la société médiévale.

« Quand les rois guérissaient », la conférence

La conférence se tiendra le Mardi 30 juin à 19h30 à la Basilique Cathédrale Saint-Denis.

L’universitaire, archiviste et historien français Yann Potin y questionnera le célèbre essai de Marc Bloch sur le phénomène des rois guérisseurs. Ce sera aussi l’occasion d’aborder la pensée de ce chercheur éclairé qui, entouré de quelques grands esprits comme Lucien Febvre, avait invité les sciences sociales à entrer à plein dans le champ de l’Histoire, en changeant à jamais le visage de la discipline.

La panthéonisation de Marc Bloch, autant que le sens de son invitation au cœur de ce haut lieu patrimonial et vaste nécropole royale qu’est aussi la Basilique Cathédrale Saint-Denis, seront également discutés.

L’entrée de la conférence est gratuite mais nous vous conseillons tout de même d’appeler pour vous enquérir des places restantes.

Pour plus d’informations, voir la page officielle de l’événement .


Découvrir d’autres articles sur la Basilique Cathédrale Saint-Denis :


En vous souhaitant une belle journée.
Frédéric Effe.
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Une enluminure à la feuille d’or restaurée et rajeunie digitalement

Sujet : fable médiévale, enluminure, ysopet, retouche, restauration, feuille d’or, bestiaire médiéval.
Période : XIIe siècle, Moyen Âge central.
Titre : Dou lion, dou Bugle et d’un Leu.
Auteur : Marie de France (1160-1210)
Ouvrage : Fables de Marie de France, ms Français 24428, BnF (XIIIe siècle).

Bonjour à tous,

our faire suite à notre article sur la fable du Lion, du Boeuf et du Loup de Marie de France, nous vous proposons un aperçu d’une retouche, restauration d’enluminure effectuée à cette occasion.

Vertical decorative border of scrolling vines in black, green, and gold with a circular medallion showing a deer's head.

Ce travail digital vise simplement à mettre en valeur les sujets de l’illustration et l’aspect général de l’ensemble. L’idée est de se rapprocher de ce qu’a pu être cette enluminure à la feuille d’or au moment de sa création, en évitant de surajouter trop de réinterprétation, saturation de couleurs, etc.

Le manuscrit d’origine est toujours le ms Français 24428 de la BnF. Ce codex du XIIIe siècle, consultable sur Gallica.fr contient L’image du monde de Gautier de Metz, les fables de Marie de France et divers autres textes, bestiaires et poésies animalières, en relation avec cette période. Il a quelque peu souffert des assauts du temps, en particulier sur la partie qui touche les fables de la poétesse anglo-normande.

Ajoutons que ce manuscrit enluminé est loin d’être le seul à présenter les fables de Marie de France. Le site Arlima en mentionne une très longue liste dont une bonne partie est conservée au département des manuscrits de la BnF.

L’enluminure du lion, du bœuf et du loup rajeunie

Cette restauration a pris un certain nombre d’heures et nous vous la présentons ici en quelques étapes rapides et en musique.

Ajoutons que le travail en question est beaucoup moins fastidieux et ambitieux qu’une restauration effectuée dans les règles de l’art, sur une manuscrit d’origine, par un conservateur spécialisé.

En espérant que ce petit exercice de restauration vous ait plu.

Vous pouvez retrouver le texte de cette fable, ainsi que ses variantes et sa traduction, au lien suivant : La fable du Lion, du bœuf et du Loup de Marie de France.

Merci encore de votre intérêt.

Frédéric Effe.
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