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Une chanson médiévale de Pistoleta, troubadour provençal du XIIIe siècle

troubadour_provence_chanson_poesie_medievale_moyen-ageSujet : musique, chanson et poésie médiévale, troubadours, servantois, sirventes. chanson de voeux, portrait, éléments biographiques, vidas.
Titre : « Ar’ agues eu mil marcs de fin argen »,  « Puisse-je avoir mil marcs d’argent fin »
Auteur  : Pistoleta, troubadour  provençal, Aquitaine et Languedoc
Période : moyen-âge central, XIIIe siècle

Bonjour à tous,

D_lettrine_moyen_age_passionu troubadour Pistoleta, les vidas ou le parnasse occitan nous apprennent qu’il fut lui-même le chanteur du troubadour et conteur Arnaud de Mareuil. Clerc d’assez pauvre condition, ce dernier colporta son art dans l’entourage de Raymond V de Toulouse et notamment de la soeur de ce dernier la contesse de Burlats. Il est d’ailleurs entré plus largement dans la postérité que l’artiste qui nous intéresse aujourd’hui mais il faut dire qu’à la période contemporaine de Pistoleta et au vue de leur nombre, les troubadours qui se tenaient en Provence, en Aquitaine et au delà se trouvaient exposés à une sérieuse concurrence.

Vida de Pistoleta et parnasse occitanien

« Pistoleta si fo cantaire d’en Arnaut de Maruoill e fo de Proensa; e pois venc trobaire e fez cansos con avinens sons. E fo ben grazitz entre la bona gen ; mais hom fo de pauc solatz, e de paubra enduta, e de pauc vaillimen. E tolc moiller à Marseilla ; e fes se mercadier e venc rics ; e laisset d’anar per cortz. » Le parnasse occitanien. Edtion de 1819.

Le peu d’informations biographiques que l’on trouve concernant  Pistoleta puise, de manière plus ou moins explicite, à la même source : les Vidas. Nous l’avons déjà dit par ailleurs mais il est sans doute bon de le répéter ici : issues vraisemblablement de la tradition orale provençale colportée sur les troubadours, ces « biographies »  furent rédigées près d’un siècle plus tard et se présentent toutes sous une forme plus ou moins anecdotique et romancée. Leur nature littéraire a été largement soulignée par Michel Zink qui recommande de prendre, à leur égard, un certain recul critique, en privilégiant plutôt l’analyse littéraire justement, la véritable valeur historique des faits rapportés ne pouvant, dans bien des cas, pas être corroborée par d’autres sources. Nous mettons donc quelques guillemets à ces éléments biographiques mais comme ils sont à peu près les seuls en notre possession, il nous faut bien au moins les citer ici.

Ci-contre représentation de Pistoleta, Chansonnier provençal dit chansonnier K,   manuscrit ancien, ms 12473 Bnf, milieu du XIIIe siècle)

En activité de la fin du XIIe siècle au début du XIIIe (1230), il semble donc qu’à force de colporter et de chanter les oeuvres d’Arnaud de Mareuil, Pistoleta fut lui-même tenté de s’essayer à la composition et à la rédaction de ses propres chansons. Homme de pauvre apparence et peu de moyens (toujours d’après les vidas), il se serait fait plus tard marchand en la ville de Marseille ce qui lui aurait réussi plutôt bien . Il aurait alors laisser de côté l’art de trobar et ses errances de cour en cour pour se consacrer entièrement à cette nouvelle activité.

Histoire générale de Provence

En fouillant un peu plus loin dans les sources, nous trouvons encore les lignes suivantes (plutôt lapidaires) concernant notre troubadour. L’ouvrage est une Histoire générale de Provence, rédigée vers la fin du XVIIIe siècle :

« Pistoleta, après avoir longtems chanté les chansons des autres, voulut en faire ; mais il n’eut point de succès : on n’en aima que les airs qui furent trouvé agréables. Il nous reste de lui cinq chansons triviales, sur l’amour qu’il avoît pour une dame d*un haut rang, qui ne pouvoit le souffrir. C’est lui-même qui nous apprend cette circonstance dans une pièce, où il dit, que le tems qu’il passe avec elle, « lui paroit si court y que l’adieu touche presqu’au bon jour ». La dame ne devoit pas le trouver de même, s’il est vrai, comme le dit l’historien provençal, qu’il fut peu amusant, qu’il eût peu de mérite et peu d’usage du monde.

Dans ce cas-là, il fit très-bien de renoncer à la poésie, & de se faire marchand à Marseille, où il s’enrichit ; ce qu’il n’auroit pas fait dans la carrière du bel esprit, ingrate même pour les talens & où l’on se couvre de ridicules, quand on n’y porte que des prétentions. Pistoleta avoit été dans plusieurs cours : nous avons de lui une chanson dont l’envoi est au comte de Savoie, ( probablement Amédée IV), prince sage, dit-il, doué de toutes les belles qualités, aimant le mérite et se faisant aimer. »
Histoire générale de Provence T2, page 414. (1778)

Pistoleta connut-il un succès relatif ou pas du tout ? Suivant qu’ils se fient ou non aux Vidas, Les auteurs semblent plutôt mitigés sur cette question même si le changement d’orientation dans la carrière de l’infortuné troubadour semble plutôt plaider en défaveur de son art. Quoiqu’il en soit, la chanson que nous vous proposons de découvrir aujourd’hui est joliment tournée et on devine bien, à travers ses lignes, la vie de misère et les difficultés que l’artiste dut traverser, du temps où il s’exerçait à la poésie et au chant.  Sans être très caustique, ni d’une satire manifeste, elle est sans doute à ranger dans les « sirventes » pour sa dimension sociale puisqu’elle compte les misères du poète et ce même si elle comprend aussi des éléments courtois.

Servantès ou chanson de vœux adaptée
Ar agues eu mil marcs de fin argen

Contre l’Histoire générale de Provence citée plus haut, dans un ouvrage de 1893, intitulé La poésie lyrique et satirique au moyen-âge, le philologue et chartiste lyonnais Léon Clédat se rangeait lui-même, implicitement (et même mot pour mot, mais sans les citer), du côté des Vidas pour nous parler de Pistoleta :  « Il se fit troubadour à son tour, et il eut beaucoup de succès parmi les bonnes gens ». ( « E fo ben grazitz entre la bona gen ») . 

Dans la foulée, il faisait encore remarquer que la chanson du troubadour que nous vous présentons aujourd’hui avait due connaître un succès suffisamment  important pour se voir traduite en français et nous fournissait même l’adaptation de deux de ses paragraphes (hélas sans en citer la source, ni l’auteur précis).De son titre  provençal qui est, en général, la reprise de la première ligne de la chanson « Ar agues eu mil marcs de fin argen », le titre de la version française était alors devenu  « Chanson  de Voeux ».  

Pistoleta dans le Chansonnier Cangé, XIIIe siècle, Bnf.

Pour le reste de la traduction, hormis ses deux paragraphes livrés « clefs en main » par Leon Clédat (voir image en tête d’article) nous nous sommes basés pour « adapter » le reste de la chanson sur une traduction de Cyril Heshon, paru en 2003, dans la revue des langues romanes (la partition moderne que nous livrons plus haut provient du même article).  Pour être honnête,  nous n’avons pas cherché la rime et cette adaptation mériterait franchement que l’on y revienne à un moment ou à un autre. Pour le moment, elle aura au moins le mérite de rendre un peu plus intelligible l’Oc original de Pistoleta.

Ar agues eu mil marcs de fin argen
et atrestan de bon aur e de ros,
et agues pro civada e formen,
bos e vacas e fedas e moutos,
e cascun jorn .c. liuras per despendre,
e fort chastel en que·m pogues defendre,
tal que nuls hom no m’en pogues forsar,
et agues port d’aiga dousa e de mar.

Puissé-je avoir mil marcs de fin argent
Et tout autant de bon or et de roux,
Et quantité d’avoine et de froment.
Boeufs et vaches et brebis et moutons,
Et chaque jour cent livres à répandre,
Et fort château où me pusse défendre,
Tel que nul homme y forcer ne me pût ;
Puissé-je avoir port d’eau douce et de mer !…

Et eu agues atrestan de bon sen
et de mesura com ac Salamos,
e no·m pogues far ni dir faillimen,
e·m trobes hom leial totas sasos,
larc e meten, prometen ab atendre,
gent acesmat d’esmendar e de rendre,
et que de mi no·s poguesson blasmar
e ma colpa cavallier ni joglar.

Et si j’avais suffisamment  de  sens
Et de mesure comme en eut Salomon,
Ne me trompant jamais, ni en faits, ni en dits,
Et si j’étais loyal en toutes circonstances,
Large et généreux, fidèle à mes promesses,
bien prompt à m’amender et à payer mes dettes,
Et que de moi jamais on ne puisse blâmer
Ni critiquer mes faits, jongleurs ou chevaliers.

Et eu agues bella domna plazen,
coinda e gaia ab avinens faissos,
e cascun jorn .c. cavallier valen
que·m seguisson on qu’eu anes ni fos
ben arnescat, si com eu sai entendre;
e trobes hom a comprar et a vendre,
e grans avers no me pogues sobrar
ni res faillir qu’om saubes atriar.

Et si j’avais aussi une dame plaisante
aimable, belle et gaie, aux manières avenantes,
Et chacun jour pour moi des chevaliers vaillants
qui me suivent où que j’aille et où que je me tienne
Bien harnaché, comme je sais m’y entendre;
Et si j’avais assez pour acheter et vendre,
Et que grands avoirs ne me manquent jamais
Ni ne me manque rien que l’on puisse acquérir.

Car enueis es qui tot an vai queren
menutz percatz, paubres ni vergoinos,
perqu’eu volgra estar suau e gen
dinz mon ostal et acuillir los pros
et albergar cui que volgues deissendre,
e volgra lor donar senes car vendre.
Aissi fera eu, si pogues, mon afar,
e car non pois no m’en deu hom blasmar.

Car dur il est tout l’an d’aller chercher
Menus profits comme un pauvre honteux.
Aussi voudrais être heureux et tranquille
Dans mon hôtel et accueillir les preux.
Et héberger qui voudrait y descendre,
Et je voudrais leur donner sans rien vendre.
Si je pouvais, mènerais telle vie :
Quand ne le puis, ne m’en doit-on blâmer.

Domna, mon cor e mon castel vos ren
e tot quant ai, car etz bella e pros;
e s’agues mais de que·us fezes presen,
de tot lo mon o fera, si mieus fos,
qu’en totas cortz pois gabar ses contendre
qu’il genser etz en qu’eu pogues entendre.
Aissi·us fes Dieus avinent e ses par
que res no·us faill que·us deia ben estar.

Mon cœur  et mon château, Dame,  je vous remets
Et tous les biens que j’ai, car êtes noble et belle;
Si j’avais plus encore, présent je vous ferais,
pour peu qu’il soit mien du monde en son entier
Car en toutes les cours je vante sans ambages 
que plus belle que vous, on ne puisse trouver.
Ainsi comme Dieu vous fit, charmante et sans  égale
que jamais rien ne manque qui puisse vous contenter.

En vous souhaitant une excellente journée.
Fred
pour moyenagepassion.com
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Martin Codax, troubadour médiéval et la Cantiga de Amigo V par Montserrat Figueras

martin_codax_mar_de_vigo_poesie_chanson_medievale_troubadour_moyen-age_central_XIIIe_siècleSujet : amour courtois, musique, poésie médiévale,  Cantigas de amigo V, galaïco-portugais, troubadour.
Période : XIIIe siècle, moyen-âge central
Auteur : Martín (ou Martim) Codax
Titre:  Quantas Sabedes Amar Amigo
Interprètes :  Montserrat Figueras, Jordi Savall, Ferran et Arianna Savall
Album :  Du temps & de l’instant  (2005)

Bonjour à tous,

P_lettrine_moyen_age_passion copiarobablement natif de la Province de Vigo en Gallice qu’on retrouve présente dans nombre de ses chansons, Martín Codax fut un troubadour galaïco-portugais du moyen-âge central. Bien qu’il soit indéniablement l’un des poètes les plus connus et les plus diffusés de la littérature médiévale  galaïco-portugaise (« profane ») nous n’avons pas la date précise de sa naissance ou de sa mort et nous connaissons de sa vie, comme beaucoup de troubadours, uniquement ce que ses poésies nous en apprennent, c’est à dire presque rien. On situe, en général, ses activités artistiques entre le milieu du XIIIe et les débuts du XIVe siècle.

Le Parchemin Vindel

parchemin_vindel_troubadour_chanson_poesie_medieval_martin_codax_moyen-age_central_XIIIeSes oeuvres nous sont connues par les chansonniers et manuscrits anciens de lyrique galaïco-portugais ou même encore par le Parchemin Vindel. C’est d’ailleurs grâce à ce dernier document, découvert totalement par hasard au début du XXe siècle dans un exemplaire de l’ouvrage De Officiis de Cicéron  que l’on a pu retrouver les notations musicales des  chansons du poète. Le parchemin daté du milieu du XIIIe siècle et composé de plusieurs feuillets, avait vraisemblablement servi plus tardivement à un moine pour effectuer la reliure de l’ouvrage politique de l’homme d’Etat romain. C’est un libraire madrilène du nom de Pedro Vindel qui fit cette découverte en 1914. Aujourd’hui, le précieux document est conservé aux Etats-Unis, à la Morgan Library & Museum, de New York.

Ajoutons encore qu’à ce jour, le Parchemin Vindel et le Parchemin Sharrer (lui aussi découvert très tardivement, vers la fin du XXe siècle), sont les deux seuls documents anciens ayant permis de retrouver les compositions musicales originales des Cantigas de Amigo.

parchemin_vintel_poesie_chanson_medievale_amour_courtois_cantigas_amigo_galaico-portugaise_martin_codax

Le legs et les chansons de Martín Codax

Les chansons de Martín Codax sont toutes regroupées sous le genre des Cantigas de amigo ou chansons pour l’être aimé et nous sommes donc clairement ici dans le registre lyrique de l’amour courtois.

Les oeuvres léguées par le poète galaïco-portugais sont peu nombreuses ;  sept chansons ont été mises à jour pour l’instant et le parchemin Vindel a permis de retrouver la musique de six d’entre elles. Jusqu’à encore récemment le succès de ce troubadour médiéval a largement débordé la péninsule ibérique et on le trouve repris par un nombre incalculable de formations spécialisées dans les musiques anciennes, à travers l’Europe et même au delà. La musicalité de la langue galaïco-portugaise autant que la pureté et la simplicité de sa poésie y sont indéniablement pour beaucoup. Les chansons de Martin Codax les plus souvent reprises mettent en scène la mer de Vigo et ses vagues évocatrices de contemplation et de poésieC’est le cas de celle du jour à laquelle la talentueuse chanteuse lyrique soprano Montserrat Figueras prêtait son talent dans les années 2000.

Quantas sabedes amar amigo, par Montserrat Figueras

Du temps & de l’instant

Pour l’interprétation de la Cantiga de Amigo du jour, la V, nous avons donc choisi l’envoûtante interprétation de Montserrat Figueras  accompagnée de Jordi Savall, de leurs deux martin_codax_troubadour_gallaico-portugais_cantiga_de_amigo_temps_et_instant_montserrat_figueras_jordi_savall_chanson_musique_medievale_XIIIeenfants Ferran et Arianna et du percussionniste Pedro Estevan.

L’enregistrement date de 2005 et il est tiré de l’album au titre français : Du temps & de l’instant.  Les artistes catalans signaient là une production familiale et intimiste présentant une sélection de pièces allant du moyen-âge central à des siècles plus récents (XVIIIe et au-delà). Ils y visitaient au passage l’Espagne, la Catalogne, l’Orient et même encore la Grèce et le mexique. L’album est toujours disponible à la vente sur le site officiel d’Alia Vox, leur maison de distribution.


Les Paroles de la Cantiga de Amigo V
et leur traduction, adaptation en français

Dans les chansons issues de Cantigas de Amigo, le troubadour met en général ses mots dans la bouche d’une demoiselle parlant de l’être aimé, le louant ou l’attendant. C’est le cas ici.

Quantas sabedes amar amigo
treydes comig’ a lo mar de Vigo:
E banhar-nos-emos nas ondas!

Jusqu’à quel point sais-tu aimer un ami (mon ami?)*
Viens avec moi à la mer de Vigo :
Et nous nous baignerons dans les vagues !

Quantas sabedes amar amado
treydes comig’ a lo mar levado:
E banhar-nos-emos nas ondas!

Jusqu’à quel point sais-tu aimer  l’être aimé (mon aimé?)
Viens avec moi à la mer de Vigo :
Et nous nous baignerons dans les vagues !

Treydes comig’ a lo mar de Vigo
e veeremo’ lo meu amigo:
E banhar-nos-emos nas ondas!

Viens avec moi à la mer de Vigo
Et nous verrons mon ami :
Et nous nous baignerons dans les vagues !

Treydes comig’ a lo mar levado
e veeremo’ lo meu amado:
E banhar-nos-emos nas ondas!

Viens avec moi dans la mer agitée
Et nous verrons mon aimé :
Et nous nous baignerons dans les vagues !


* Notez que nous traduisons  « Quantas sabedes amar »  comme « Jusqu’à quel point (COMBIEN) sais-tu aimer » ce qui me parait le plus littéral et logique même si c’est une traduction totalement hispanisante que j’assume : « Cuantas Sabeis amar… »

L’absence de ponctuation laisse à penser que « Combien sais-tu aimer, ami » sous entendu « mon ami, mon aimé » peut-être sujette à caution, ce qui pourtant serait, là encore en espagnol contemporain, sans doute plus correct et donnerait en plus à la chanson un sens différent certes, mais peut-être plus logique ou « coulant ». Comme on trouve de nombreuses traductions espagnoles à la ronde qui ajoutent l’article indéfini « UN ». « Combien sais-tu aimer UN ami ou l’être aimé » Dans le doute, je le laisse donc et garde la porte ouverte aux deux options, même si je ne suis convaincu qu’à moitié et lui préfère largement la première :  la jeune fille parlant à son propre amoureux, le « défiant » gentiment et l’invitant à la rejoindre dans les vagues. On retrouve encore et quelquefois cette phrase traduite comme « Toi qui sais aimer un ami » mais dans ce cas-là le « Quantas » est occulté et cela me semble encore moins  correct.

En vous souhaitant une belle journée.

Fréderic EFFE
Pour moyenagepassion.com
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« Chanson ferai », une chanson d’amour courtois de Thibaut de Champagne

thibaut_le_chansonnier_troubadour_trouvere_roi_de_navarre_comte_de_champagneSujet : chanson médiévale, poésie, amour courtois, roi troubadour, roi poète, lyrisme courtois, trouvères.
Période : Moyen Âge central, XIIIe siècle
Auteur : Thibaut IV de Champagne (1201-1253), Thibaut 1er de Navarre
Titre : « chanson ferai »
Interprètes : Diabolus in Musica
Album :  La Doce Acordance: chansons de trouvères (2005).

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous revenons au lyrisme courtois en langue d’oil et à la poésie des trouvères des XIIe et XIIIe siècles, avec une chanson du roi de Navarre et comte de Champagne Thibaut le chansonnier.

Au vue du nombre de chansons que le roi poète nous a laissé sur le thème de l’Amour courtois, il aimait à l’évidence  s’y exercer, comme nombre d’artistes de son temps : la dame est belle, il en est épris et il en souffre. Douleur, affres du doute, elle tient son pauvre coeur « en sa prison » et à sa merci.

Même s’il n’est ni le premier ni le dernier puissant à s’y adonner, avec lui, l’exercice poétique de l’amour courtois peut d’autant plus surprendre que c’est un grand seigneur et même un prétendant au trône et un roi. Il régna plus de cinquante ans, fit les croisades, fut un grand vassal de la couronne, et pourtant, dans sa poésie, nous le retrouvons tout de même très souvent « à nu » et en but à ses « dolentes » passions. Signe du temps, l’Amour élève quand il est courtois. Faut-il donc que Thibaut souffre tant et que la(les) dame(s) qu’il convoite ne cède(nt) pas pour qu’il en ressorte d’autant plus chevaleresque ? N’est-ce là qu’un exercice thibaut_thibault_champagne_navarre_poesie_chanson_medievale_amour_courtois_trouvere_moyen-age_central_XIIIede style auquel il se prête, comme tant d’autres poètes d’alors ? C’est encore possible bien que sa poésie courtoise ne soit pas dénuée de grands accents de sincérité.

Thibaut de Champagne, roi de Navarre, enluminure du XIIIe siècle, manuscrit Français 12615, Bnf, départements des manuscrits

Par le passé, certains historiens ou chroniqueurs lui ont prêté d’avoir choisi l’illustre  Blanche de Castille, épouse de Louis VIII et mère de Saint-Louis, comme témoin et objet de son ardeur poétique. Au vue de son statut et pour que l’amour courtois fonctionne, il lui fallait trouver une dame d’un rang supérieur à lui. De ce point de vue là au moins, choisir la reine de France se serait avéré fonctionnel et puis ne dit-il pas ici :  « la grant biautez (…) Qui seur toutes est la plus desirree » ?  Troublant ? ou pas…

Dans sa vie maritale et sentimentale réelle, on le trouvera, au moins dans les faits, lié et même marié à d’autres dames. De fait, l’affaire de cette passion qu’on prêta à Thibaut de Champagne pour la reine Blanche alla si loin que certains le calomnièrent même injustement, à la mort de Louis VIII, en l’accusant d’avoir empoisonné le roi par passion et par amour pour la reine. (voir l’ouvrage Chanson de Thibault IV, comte de champagne  et de Brie, roi de Navarre, et l’introduction de Prosper Tarbé, 1851).  Quoiqu’il en soit, tout cela ne s’appuyant sur rien de bien concret, on l’a depuis laissé au rang des manipulations politiques ou des conclusions hâtives et sans doute un peu trop « romantiques ». Et si les poésies de Thibaut avaient un véritable objet et si même sa souffrance était peut-être sincère, il est bien difficile d’établir avec certitude quelle(s) dame(s) la lui inspira(rèrent).

« Chanson ferai » par l’ensemble médiéval Diabolus in Musica

« La Doce Acordance »  Diabolus in Musica
et les trouvères des XIIe et XIIIe siècles

Nous vous avions déjà présenté cet ensemble médiéval à l’occasion d’un article précédent. Il nous gratifiait alors d’un album autour du compositeur du XVe siècle Guillaume Dufay. L’oeuvre que nous présentons d’eux aujourd’hui est en réalité antérieure et date du tout début de l’année 2005. Elle  emprunte au répertoire plus ancien du Moyen Âge et avec l’album  intitulé « La Doce Acordance« , la formation Diabolus in Musica se donnait pour objectif de revisiter des chansons et poésies des trouvères des XIIe et XIIIe siècles.chanson_poesie_musique_medievale_trouveres_diabolus_in_musica_album_doce_acordance_XIIe_XIIIe_siècle_moyen-age_central

Salué par le Monde le la Musique, ce bel album s’est vu attribuer, peu après sa sortie, 4 étoiles et 5 Diapasons d’or. Il présente dix-sept pièces, certaines de Thibaut de Champagne, d’autres du Châtelain de Coucy ou de Conon de Béthune, entre autres trouvères célèbres, et même certains textes de Chrétien de Troyes.  On le trouve encore à la vente en CD, mais il est aussi disponible en version digitalisée et MP3. Voici un lien utile pour l’acquérir sous une forme ou une autre, si le coeur vous en dit : La Doce Acordance; Chansons de trouvères.

Les paroles de la chanson
de Thibaut de Champagne

Concernant la chanson du jour, nous le disions plus haut, c’est une jolie pièce d’amour courtois. Comme dans bien des textes issus de cette poésie, le fond est toujours à peu près le même. Le désir du prétendant reste inassouvi, il ne trouve pas à se poser sur son objet et tout cela donne naissance à un mélange de louanges, d’exaltation et de souffrance. Il faut qu’il en soit ainsi, du reste, puisque s’il se posait sur son objet et se consumait dans l’acte, il n’y aurait pas lieu de brûler du parchemin et, en tout cas, pas de cette manière.

manuscrit_ancien_thibaut_de_champagne_enluminure_poesie_chanson_medievale_amour_courtois_moyen-age_XIIIeDelectatio Morosa, l’amant de l’amour courtois est attaché à ses propres « maux », venus, la plupart du temps, de l’attente, de la distance, quand ce n’est pas du silence, de l’indifférence ou pire, de la trop grande sagesse de la dame déjà souvent engagée par ailleurs et qui se refuse. L’aime-t-elle ou l’aimera-t-elle ? Il espère la délivrance de ses (doux) maux dans l’après, ce moment où il verra peut-être enfin sa patience récompensée. Il en jubilerait presque d’avance, jusque dans ce désespoir qui exacerbe son sentiment amoureux, autant qu’il redoute que ce moment n’arrive pas et que la porte demeure à jamais fermée.

Chançon ferai, que talenz* (envie, désir) m’en est pris,
De la meilleur qui soit en tout le mont.
De la meilleur? Je cuit que j’ai mespris.
S’ele fust teus, se Deus joie me dont,
De moi li fust aucune pitié prise,
Qui sui touz siens et sui a sa devise.
Pitiez de cuer, Deus! que ne s’est assise
En sa biauté ? Dame, qui merci proi*(à qui je demande merci), 
Je sent les maus d’amer por vos.
Sentez les vos por moi ?

Douce dame, sanz amor fui jadis,
Quant je choisi vostre gente façon ;
Et quant je vi vostre tres biau cler vis ,
Si me raprist mes cuers autre reson :
De vos amer me semont et justise,
A vos en est a vostre conmandise.
Li cors remaint, qui sent felon juïse*, (jugement)
Se n’en avez merci de vostre gré.
Li douz mal dont j’atent joie
M’ont si grevé
Morz sui, s’ele m’i delaie.

Mult a Amors grant force et grant pouoir,
Qui sanz reson fet choisir a son gré.
Sanz reson ? Deus ! je ne di pas savoir,
Car a mes euz* (yeux) en set mes cuers bon gré,
Qui choisirent si tres bele senblance,
Dont jamès jor ne ferai desevrance*, ( je ne me séparerai)
Ainz sousfrirai por li grief penitance,
Tant que pitiez et merciz l’en prendra.
Diré vos qui mon cuer enblé m’a ?
Li douz ris et li bel oeil qu’ele a.

Douce dame, s’il vos plesoit un soir,
M’avrïez vos plus de joie doné
C’onques Tristans, qui en fist son pouoir,
N’en pout avoir nul jor de son aé; (*âge, vie)
La moie joie est tornee a pesance.
Hé, cors sanz cuer! de vos fet grant venjance
Cele qui m’a navré sanz defiance,
Et ne por quant je ne la lerai ja.
L’en doit bien bele dame amer
Et s’amor garder, qui l’a.

Dame, por vos vueil aler foloiant,
Que je en aim mes maus et ma dolor,
Qu’après les maus la grant joie en atent
Que je avrai, se Deu plest, a brief jor*. (si à Dieu plait, un jour prochain)
Amors, merci! ne soiez oublïee!
S’or me failliez, c’iert traïson doublee,
Que mes granz maus por vos si fort m’agree.
Ne me metez longuement en oubli!
Se la bele n’a de moi merci,
Je ne vivrai mie longuement ensi.

La grant biautez qui m’esprent et agree,
Qui seur toutes est la plus desirree,
M’a si lacié mon cuer en sa prison.
Deus! je ne pens s’a li non.
A moi que ne pense ele donc ?

En vous souhaitant une belle journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com
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Cantigas de amigo, une chanson médiévale courtoise de Lourenço Jograr, troubadour du XIIIe siècle

poesies_chansons_medievales_troubadours_cancioneiro_de_ajudar_chansonnier_medieval_cantigas_amigo_galaïco-portugais_moyen-ageSujet : amour courtois, musique, poésie médiévale,  Cantigas de amigo, galaïco-portugais, troubadour.
Période : XIIIe siècle, moyen-âge central
Auteur : Lourenço Jograr (Jogral)
Interprète : Paulina Ceremuzynska
Titre:  Três moças cantavam d’amor
Album :  E moiro-me d’Amor  (2006)

Bonjour à tous,

I_lettrine_moyen_age_passion copial y a tant de beaux auteurs, artistes, poètes, trouvères et troubadours qui nous viennent du monde médiéval qu’il pourrait parfois sembler difficile de savoir par où commencer.  De notre côté, dans cette aventure, nous avons choisi de privilégier un voyage exploratoire qui ne suit pas nécessairement les sentiers balisés, ni les frontières des terres de la France d’alors. Notre objet est donc vaste mais nos pas restent libres de toute entrave.

Bien sûr, en matière de poésie et de littérature médiévale, il y a des classiques, des hiérarchies dans les auteurs, des influences réputées plus certaines que d’autres. En plongeant dans la discipline fascinante qu’est la codicologie, on peut même compter les codex et les manuscrits anciens pour mesurer la popularité de certains textes, ou projeter leur influence, même si cela reste un exercice délicat, comme nous le rappelait Richard Trachsler dans son excellente conférence sur le roman arthurien, donnée à l’Ecole de Chartes. Avec le temps et si poesies_chansons_medievales_troubadours_cancioneiro_de_ajuda_chansonnier_medieval_cantigas_amor_amigo_moyen-ageDieu nous prête vie, nous finirons bien par rattraper tous ces « classiques »,  mais encore une fois, nous n’en avons pas, jusque là, fait notre priorité systématique.

Ainsi, aujourd’hui, nous continuons  d’emprunter, à notre façon, les chemins de traverse, à la découverte de ce fascinant moyen-âge et ce faisant, nous partons à la rencontre des Cantigas de Amigo et des Cantigas de Amor, autrement dit ces chansons des troubadours de l’Espagne et du Portugal médiéval qui sont des pièces de lyrique courtoise toutes entières dédiées à l’ami (soit l’être aimé) ou à l’amour.

Nous voilà donc à l’abordage des rives du moyen-âge central pour vous parler d’un troubadour du XIIIe siècle: Lourenço Jograr (ou Xograr), que l’on pourrait traduire, s’il le fallait, par Laurent ou Laurencin le Jongleur. Et comme souvent, cet article nous fournit encore l’occasion de parler d’une artiste passionnée de musique médiévale. C’est une chanteuse et soliste contemporaine d’origine polonaise. Elle a pour nom Paulina Ceremuzynska et elle nous offre ici une très belle interprétation d’une chanson de ce Lourenço, mais avant de la découvrir disons quelques mots de ce dernier.

Lourenço Jograr ( Xograr ou Jogral )
Laurencin ou Laurent le Jongleur

Les informations concernant la biographie de  ce troubadour proviennent essentiellement de ses propres poésies ou des dits d’autres troubadours de son temps le concernant. Le fait qu’il ne soit désigné pratiquement que par son prénom complique encore son identification certaine dans les sources. Contemporain de la cancioneiro_colocci_brancuti_troubadour_poesie_musique_amour_courtois_médiévale_galaïco-portugaisedeuxième moitié du XIIIe siècle, il était, semble-t-il, d’origine portugaise, et a certainement fréquenté, au moins un temps, la cour d’Alphonse X de Castille.

Son oeuvre, à tout le moins celle qui nous est parvenue, n’est pas immense en taille. Elle comprend une dizaine de cantigas de amigo ou de amor réparties dans plusieurs manuscrits anciens (voir image ci-contre). On y  trouve encore quelques jeu-partis demeurés célèbres  entre lui et le chevalier et troubadour João Garcia de Guilhade  (Johan Garcia de Guilhade) au service duquel Lourenço a certainement été.

TRÊS MOÇAS CANTAVAM D’AMOR par Paulina CEREMUZYNSKA

Paulina Ceremuzynska & l’art des troubadours galaïco-portugais du XIIIe

Nous devons l’interprétation du jour à la chanteuse et artiste Paulina Ceremuzynska.  Avec une prédilection pour  les musiques anciennes et en particulier celles provenant de la période médiévale et du moyen-âge central, Paulina est diplômée en musicologie à l’université de Varsovie. Titulaire encore d’un master  en Interprétation de la musique médiévale, obtenu à Paulina_Ceremuzynska_chansons_musiques_poesies_anciennes_medievales_troubadours_cantigas_amigo_amor_moyen-age_XIIIel’Université Paris-Sorbonne, elle a étudié le chant et la direction artistique sous l’égide de prestigieux professeurs au nombre desquels on conte le célèbre contre-ténor et chanteur lyrique Richard Levitt.

En 2004, lors d’études et de recherches dans le cadre du Centre de recherches en sciences humaines de Saint-Jacques de Compostelle, elle s’attela à la transcription musicale et à l’interprétation du Parchemin Sharrer, document ancien comprenant des cantigas contemporaines du règne de Denis 1er du Portugal (1279-1325), monarque éclairé connu encore sous le nom du roi poète ou du roi troubadour. Outre ses célèbres réformes dans le milieu agraire, l’homme était un féru de littérature et de culture. Il fonda d’ailleurs l’université de Lisbonne et on lui attribue près de 140 cantigas.

A l’occasion de ses recherches historiques, musicales et médiévales, Paulina se forma aussi au galaïco-portugais et l’ensemble de ce travail donna lieu à un premier CD : Cantigas de Amor e Amigo dans lequel elle présentait des chansons du Roi Denis et du troubadour Martin Codax. Si cet album vous intéresse, vous le trouverez disponible à la vente en ligne sous ce lien : Cantigas de Amor E Amigo

Ce travail fut aussi, indubitablement, la confirmation pour l’artiste d’un vif intérêt, sinon d’une passion, pour la poésie des troubadours de cette période et de cette langue. Elle poursuivit d’ailleurs ses recherches dans la même direction, pour aboutir en 2006 à l’album  E moiro-me d’Amor qui se situait encore autour des musique_poesie_medievale_troubadour_jongleur_cantiga_de_amigo_Paulina_Ceremuzynska_moyen-age_XIIIe_siecletroubadours de langue galaïco-portugaise du moyen-âge central. Il s’agit là d’un travail de restitution dont l’ambition est de se situer au plus près de l’esprit médiéval des Cantigas de Amigo. Il s’articule autour d’une sélection de chansons prises dans le répertoire des  troubadours les plus prestigieux de l’école galicienne. C’est de cet album qu’est tirée sa sublime interprétation de la chanson de Lourenço Jograr que nous vous proposons aujourd’hui.

A noter encore concernant cette artiste qu’elle est la fondatrice et la directrice artistique de l’Ensemble Meendinho spécialisé dans les chants monophoniques médiévaux et les musiques anciennes. Pour la suivre,  voici l’adresse de sa page facebook.

Três moças cantavam d’amor :
le chant d’amour de trois damoiselles pour un troubadour ému

La chanson du jour met en scène trois jeunes filles en peine d’amour et l’une d’elles, qui se trouve être la belle du troubadour propose aux deux autres de chanter la chanson d’un « ami » (l’artiste lui-même donc). Et voilà donc notre troubadour devant la scène, touché, pour ne pas dire émoustillé, que sa chanson puisse avoir été choisie par l’élue de son cœur, y voyant là, à l’évidence, une belle preuve poesies_chansons_medievales_troubadours_cancioneiro_de_ajudar_chansonnier_medieval_cantigas_galaïco-portugais_moyen-aged’amour. Derrière l’émotion du poète, on pourra, bien sûr, argumenter à l’envie sur la nature « auto-élogieuse » du chant, il semble d’ailleurs que quelques troubadours de la même période que l’auteur, l’aient fait, pour le moquer un peu mais la nature épurée de cette chanson d’amour « en miroir » l’emporte tout de même au final.

Les paroles médiévales
et leur adaptation en français moderne

Nous vous proposons une adaptation française du cru ; elle est issue de la traduction espagnole et anglaise des paroles et de recherches personnelles sur la langue originale. Encore une fois, il s’agit de s’en faire une idée, il reste, quoiqu’il en soit, difficile de retraduire toute la richesse de ce texte dans son contexte:

Três moças cantavam d’amor,
mui fremosinhas pastores,
mui coitadas dos amores.
E diss’end’ũa, mia senhor:
– Dized’amigas comigo
o cantar do meu amigo.

Trois demoiselles chantaient d’amour
c’étaient de très belles bergères
Souffrant de peines amoureuses
Et l’une d’elles disait, qui est ma dame :
– Chantez, mes amies, avec moi,
le chant de mon ami. (bien-aimé)

Todas três cantavam mui bem,
come moças namoradas
e dos amores coitadas.
E diss’a por que perço o sem
Dized’amigas comigo
o cantar do meu amigo.

Toutes les trois chantaient fort bien
Comme des filles amoureuses
Et prises en détresse d’amour,
Et elle dit, ce qui me troubla les sens :
– Chantez, mes amies, avec moi,
le chant de mon bien-aimé. 

Que gram sabor eu havia
de as oir cantar entom!
E prougue-mi de coraçom
quanto mia senhor dizia:
– Dized’amigas comigo
o cantar do meu amigo.

Quel grand plaisir j’ai eu alors
de les entendre chanter!
Et comme cela a touché mon coeur
quand ma dame leur disait:
– Chantez, mes amies, avec moi,
le chant de mon bien-aimé. 

E se as eu mais oísse,
a que gram sabor estava!
E quam muito me pagava
de como mia senhor disse:
– Dized’amigas comigo
o cantar do meu amigo

Et, moi, plus je  les entendais,
Quelle grande joie c’était!
Et combien cela me plaisait
Comme ma dame disait :
– Chantez, mes amies, avec moi,
le chant de mon bien-aimé.

En vous souhaitant une belle écoute et une excellente journée!

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

PS : dans les sources utiles sur la poésie et les cantigas médiévales gallego-portugaises (amigo et amor) , il faut citer pour ceux d’entre vous qui parlent portugais ou anglais cet excellent site web attaché, indirectement, à la faculté de Lettres de Lisbonne :  Cantigas  medievais  galego-portuguesas.