Sujet : musique médiévale, musiques anciennes, chants polyphoniques, ars nova, chanson médiévale, amour courtois. Période : Moyen Âge tardif, XIVe siècle Auteur : Francesco Landini ( ? 1325-1397) Titre : L’alma mie piang’ e mai non può aver pace Interprètes : Chominciamento di Gioia et Camerata Nova Album : Francesco Landini, Ballate (2000)
Bonjour à tous,
u XIVe siècle, l’organiste, poète et compositeur italien Francesco Landini se pose comme un grand chef de file de l’école Florentine et de l’Ars Nova italien. Il nous a laissé une œuvre renaissante faite de belles et nombreuses pièces polyphoniques. Celles qui nous sont parvenues sont, en majorité, profanes et centrées sur la lyrique courtoise, entre ballate et madrigaux.
Un maître de musique délaissé par sa dame
La chanson du jour est une « ballata » à trois voix. Elle est adressée à une dame. Sur fond courtois, le maître de musique du trecento nous conte combien il souffre les plus grandes des peines depuis qu’elle s’est détournée de lui.
Du point de vue des sources historiques, on peut notamment retrouver l’œuvre de Francesco Landini dans le Codex Squarcialupi (Med. Pal. 87). On l’y trouve même représenté avec son organetto (voir image en-tête d’article). Ce manuscrit ancien, daté du XVe siècle, est un témoignage majeur de l’Ars Nova italien de cette période. Il contient pas moins de 216 feuillets notés et quelques belles enluminures de compositeurs d’époque. Avec près de 150 pièces, Francesco Landini y dépasse de très loin les autres compositeurs présents. Ce codex est actuellement conservé à la Bibliothèque Laurentienne de Florence, en Italie.
Ballate un album autour du trecento
L’interprétation que nous avons choisie de vous présenter pour cette pièce du jour est tirée d’un l’album intitulé Francesco Landini Ballate. Il fut enregistré en 1999 sous la houlette du grand directeur et chef d’orchestre Luigi Taglioni, en collaboration avec deux formations italiennes : l’ensemble vocal Camerata Nova et l’ensemble instrumental Chominciamento di Gioia.
Centré sur le thème du trecento italien, l’album propose un total de 18 pièces sur un peu moins de 60 minutes de durée. Il alterne les compositions de Francesco Landini avec d’autres pièces anonymes tirés du Codex Faenza. Ce manuscrit médiéval du XVe siècle, conservé à la Bibliothèque de Faenza en Italie, contient des partitions datées du milieu du XIVe siècle.
L’album Francesco Landini, Ballate s’est fait largement remarquer sur la scène des musiques anciennes et médiévales, au moment de sa sortie. Malgrès cela et pour l’instant au moins, il ne semble avoir été réédité. Pour le trouver en format CD, il vous faudra donc tenter votre chance chez les disquaires de musiques anciennes. Si la forme dématérialisée vous convient, vous pourrez aussi essayer du côté des plateformes de musique web.
Musiciens et artistes ayant participé à cet album
Direction Luigi Taglioni. Voix : Antonella Marotta (contralto), Matelda Viola (soprano), Paola Ronchetti (soprano), Fabrizio Scipioni (tenor), Instruments : Olga Ercoli (harpe), Elisabetta di Franco (psaltérion, percussion), Giovanni Caruso (luth), Gianfranco Russo (vielle), Luigi Polsini (vielle, luth).
L’alma mie piang’ e mai non può aver pace
L’alma mie piang’e mai non può aver pace da poi che tolto m’hai, donna, ’l vago mirar di ch’i ’nfiammai. Fu di tanto piacer la dolce vista ch’innamorai nel tuo primo guardare, sperando aver la grazia che s’aquista ispesse volte per virtù d’amare. Pur veggio la sperança mia mancare, ché ’l viso non mi fai che tu solevi, ond’io sto in pene e in guai. L’alma mie piang’e mai non può aver pace…
Mon âme pleure et ne peut plus trouver de paix Depuis que tu m’as privé, Dame, du doux regard par lequel tu m’avais enflammé. Ta douce apparition m’avait procuré, alors, tant de plaisir Que je me suis épris de toi dès ton premier regard, Espérant recevoir la grâce qui s’acquiert Souventes fois par la vertu d’aimer. Mais voilà que mon espérance se dérobe, Car tu ne tournes plus ton visage vers moi Comme tu le faisais, d’où je suis en grande peine et en tourments. Mon âme pleure et ne peut plus trouver de paix…
En vous souhaitant une excellente journée. Fred pour moyenagepassion.com A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes
Sujet : musique, chanson médiévale, poésie médiévale, troubadour, manuscrit médiéval, occitan, oc, amour courtois. Période : Moyen Âge central, XIIe et XIIIe s Auteur : Guiraut de Bornelh, de Borneil (?1138-?1215) Titre : No posc sofrir c’ a la dolor Interprète : Maria Lafitte, Unicorn, Oni Wytars Album : Music of the Troubadours (1996)
Bonjour à tous,
ujourd’hui, nous avons le plaisir de vous entraîner au XIIe, XIIIe siècles et en pays d’oc, pour découvrir une nouvelle pièce de Giraut de Bornelh, troubadour que les razos et vidas des siècles suivants sa venue en ce bas-monde ont largement encensé.
Comme une large partie du reste de son œuvre, la chanson du jour est une pièce courtoise et, bien sûr aussi, en occitan médiéval et ancien. A l’habitude, nous dirons un mot de son contenu, de ses sources médiévales. Nous aurons aussi l’occasion d’entendre cette chanson médiévale avec une interprétation des Ensembles Unicorn et Oni Wytars, accompagnés de la voix de Maria Dolors Laffitte. A l’habitude, nous vous en proposerons aussi une traduction en français actuel.
Un songe d’amour pour une belle convoitée
Cette chanson commence un peu étrangement et non sans humour, avec un poète qui compare son entrain et sa joie à l’arrivée de la saison nouvelle, au va et vient irrépressible que ferait sa langue sur un dent douloureuse. Autrement dit, l’attraction pour le printemps est plus forte que tout et la belle nature déjà domestiquée avec ses bocages, ses prairies, ses vergers, ses oisillons et ses fleurs le met en joie : renouvel, renouveau, saison printanière, le départ se situe (à une dent près) dans la lyrique courtoise.
No Posc sufrir… Canzoniere provenzale estense (XIIIe, XIVe s Bib Univ d’Estense)
Par la suite, le troubadour nous entraînera vers un rêve lui aussi printanier (il le précise) : celui d’un jeune épervier sauvage, venu se poser sur lui et qu’il parviendra à force de patience, à dompter. Frappé par cette vision nocturne, Giraut la confiera à son seigneur et protecteur du moment (il en a eu plusieurs – voir sa biographie). Selon le confident, il n’est point question de fauconnerie, ni de chasse ici. Le songe et sa symbolique seront interprétés d’une toute autre façon. Il s’agirait, en fait, d’un rêve pour le guider sur les chemins amoureux. Le troubadour peut convoiter la belle qu’il désire même si elle est de plus haut lignage, mais il devra y mettre de grands efforts s’il veut aboutir. D’abord circonspect et un peu honteux devant ce songe et sa convoitise insensée (on imagine une dame de très haut rang), notre Giraut finira par s’enhardir en décidant de faire porter ses rimes vers la lointaine élue. La chanson est donc présentée comme un premier pas amoureux ou au moins une avancée, destinée à divertir la Dame.
Au passage, on verra le poète médiéval monter au créneau pour marquer sa volonté de s’inscrire dans le Trobar leu. Il l’avait déjà fait dans Leu chansonet’e vil et il le réaffirme ici. Fini le Trobar clus et ses chansons pleines d’allusions énigmatiques et absconses, il veut désormais être clair et compris de son audience. Malgré toute sa bonne volonté et après nous être attelé à la traduction de la pièce du jour, nous serions enclins à mettre un tout petit bémol à son objectif à 800 ans de là (humour).
Aux sources manuscrites de cette chanson
Du point de vue des sources, la chanson se trouve dans de très nombreux manuscrits. Sauf erreur et à date, on ne lui connaît pas de mélodie propre. Nous vous présentons (photo ci-dessus) sa version dans le Canzoniere provenzale estense de la Bibliothèque Universitaire d’Estense en Italie (cote alfa.r.4.4). Ce manuscrit médiéval est connu également en France sous le nom de Chansonnier provençal D ou même Chansonnier occitan D. Il présente, sur 345 feuillets, un grand nombre de sirventes, tensons et chansons de troubadours du Moyen Âge.
No Posc sufrir , Maria Laffitte, Unicorn et Oni Wytars (contrafactum)
Music of the troubadours, l’album
Music of the Troubadours fut proposé au public en 1996. Il s’agit d’un album studio de 12 pièces pour un peu moins de 70 minutes d’écoute. On y trouve présenté huit troubadours : Giraut de Bornelh, Peire Cardenal, Raimon de Miraval, Ramon de Llul, Berenguier de Paloun, Guiraut Riquier, Bernart de Ventadorn, Jaufre Rudel, aux côtés de quelques pièces anonymes. En réalité, deux d’entre eux se partagent la vedette ; la pièce du jour de Giraut de Bornelh n’ayant pas de notation musicale d’époque, c’est la chanson Ar me puesc de Peire Cardenal qui lui a servi de mélodie selon le procédé du contrafactum.
L’ensemble Unicorn, Oni Wytars & Maria Laffitte
Sous la direction de Michael Posch, Music of the Troubadours est le fruit d’une collaboration entre les ensembles Unicorn et Oni Wytars et Maria Dolors Laffitte. Nous avons dit un mot ici de ces deux ensembles. Le premier est autrichien, l’autre est italo-allemand et on leur doit un certain nombre de productions musicales communes. Quant à Maria Dolors Laffitte i Masjoan (1949-2008), elle vient prêter sa voix à cet album en lui impulsant une vraie énergie.
Un mot de Maria Dolors Laffitte
Pour dire un mot de cette chanteuse et musicienne d’origine occitane, elle a fait partie de ces générations de la fin des années soixante qui se prirent d’envie de renouer avec les musiques anciennes et traditionnelles et même le folk.
De 1968 à 2001, elle a ainsi exploré un répertoire assez large qui va de chansons médiévales occitanes à des chansons traditionnelles catalanes, des chants séfardis ou même encore des chansons d’auteurs et des chansons pour enfants. Entre autres activités, elle s’est inscrite dans le mouvement Nova Cançó (chanson nouvelle) qui s’éleva durant les années franquistes, pour défendre la normalisation de l’usage du catalan dans les chansons et les productions culturelles. Elle est aussi connue pour son activité militante en matière d’écologie. D’un point de vue musical, elle a eu l’occasion de participer à de nombreux groupes, dont la formation Els Trobadors qu’elle fonda en 1991.
Informations complémentaires
Pour ceux que cet album intéresserait, il est encore disponible et on peut encore le débusquer en ligne, notamment, au format CD, Mp3 ou même encore en streaming illimité. Voici un lien utile pour plus d’informations : Music of The Troubadours.
Musiciens ayant participé à cet album
Ensemble Unicorn & Oni Wytars, Maria D. Laffitte, Thomas Wimmer (violon, laúd), Riccardo Delfino (harpe gothique, vielle à roue, cornemuse), Peter Rabanser (gaida, oud, nay, saz), Katharina Dustmann (percussions orientales), Wolfgang Reithofer (percussions), Marco Ambrosini (violon, nyckelharpa, chalemie ), Michael Posch (direction et flûte à bec, flûte de roseau
No posc sofrir c’ a la dolor, giraut de Bornelh de l’occitan médiéval au français actuel
I. No posc sofrir c’ a la dolor De la den la lenga no vir E ‘l cor ab la novela flor, Lancan vei los ramels florir E ‘Ih chan son pel boschatge Dels auzeletz enamoratz, E si tot m’estauc apensatz Ni pres per malauratge, Can vei chans e vergers e pratz, Eu renovel e m’assolatz.
Je ne peux m’abstenir quand j’ai une douleur de dent que ma langue n’y revienne sans cesse Et, de la même façon, je ne peux éviter que mon cœur ne soit touché par la fleur nouvelle, Lorsque je vois les rameaux fleurir Et que j’entends le chant mélodieux dans le bosquet (1) Des oisillons enamourés, Et si je suis préoccupé Et pris dans mes propres malheurs Quand je vois ces chants, ces vergers et ces prairies, Je me sens régénéré et réconforté (je me sens renouvelé et je me console)
II. Qu’ eu no m’esfortz d’altre labor Mas de chantar e d’esjauzir; C’ una noch somnav’ en pascor Tal somnhe que « m fetz esbaudir D’ un esparver ramatge Que m’ era sus el ponh pauzatz E si ‘m semblav’ adomesgatz, Anc no vi tan salvatge, Mas pois fo maners e privatz E de bos getz apreizonatz.
Car je ne m’applique à d’autre travail Que celui de chanter et me réjouir ; Un nuit de printemps, je rêvais Ce songe qui me mis en joie, D’un épervier branchier (2) Qui était venu se poser sur mon poing Et, il me sembla bien domestiqué Bien que jamais je n’en vis d’aussi sauvage, Mais par la suite, il fut apprivoisé et familiarisé Et maintenu prisonnier par un lien à la patte,
III. Lo somnhe comtei mo senhor, Ca son amic lo deu om dir, E narret lo ‘m tot en amor E dis me que no ‘m pot falhir Que d’oltra mo paratge No m’aia tal ami’ en patz, Can m’ en serai pro trebalhatz, C’anc om de mo linhatge Ni d’ oltra ma valor assatz Non amet tal ni ‘n fon amatz.
J’ai conté ce songe à mon seigneur, Car à un ami, on doit dire ces choses, Et il l’a interprété pour moi sous l’angle de l’amour En me disant que je ne pouvais échouer (faillir) A ce que, au delà de mon rang, Une telle amie ne soit mienne Après que je m’en serais diligemment occupé Car jamais homme de mon lignage Ni de plus grand mérite N’a aimé de telle façon et n’en fut aimé.
IV. Era n’ ai vergonh’ e paor E ‘m n’esvelh e n planh e ‘n sospir E ‘l somnhe tenli a gran folor E no eut posch’ endevenir; Pero d’un fat coratge No pot partir us rics pensatz Orgollios e desmezuratz C’apres nostre passatge Sai que ‘l sornnhes sera vertatz Aissi drech com me fo narratz.
A présent, j’en ressens de la honte (vergogne) et de la peur Je m’éveille en soupir et en lamentation Et je tiens ce songe pour grande folie Qui ne pourra jamais advenir. Pourtant, un désir sot (insensé), Ne peut être séparé, ni venir à bout de remarquables (hautes, nobles) pensées Orgueilleuses et démesurées, De sorte qu’après notre traversée (croisade)(3) Je sais que le songe deviendra vrai Aussi vrai qu’il me fut conté.
V. E pois auziretz chantador E chansos anar e venir ! Qu’era, can re no sai m’ assor, Me volh un pauc plus enardir D’ enviar mo messatge Que ‘ns porte nostras amistatz. Que sai n’es facha la meitatz, Mas de leis no n’ai gatge E ja no cut si’ achabatz Nuls afars, tro qu’es comensatz.
Et, après cela vous entendrez un chanteur Et ses chansons aller et venir ! Car, désormais, puisque rien ne m’y pousse ici-bas, Je veux un peu plus m’enhardir Pour envoyer mon message Afin qu’il emporte nos salutations d’amours. Car jusqu’à présent, n’est faite ni la moitié. Jamais je n’ai reçu de gage d’elle, Et ça n’arrivera assurément jamais si rien n’est engagé Aucune entreprise n’existe qui n’est d’abord commencé.
VI. Qu’eu ai vist acomensar tor D’una sola peir’ al bastir E cada pauc levar alsor Tan josca c’om la poc garnir. Per qu’eu tenli vassalatge D’aitan, si m’o aconselhatz, E i vers, pos er ben assonatz, Trametrai el viatge, Si trop qui lai lo ‘m guit viatz Ab que ‘s deport e’s do solatz.
Parce que j’ai vu débuter la construction d’une tour Par une seule pièrre Et peu à peu, s’élever plus haut, Jusqu’à ce qu’on puisse la doter d’une garnison. C’est pourquoi je maintiens les valeurs chevaleresques, Avec un si grand soin ; ainsi que vous me le conseillez, Et mes vers, une fois bien accordés (assonants, mis en musique) Je les enverrai en voyage Si je trouve quelqu’un qui sache les conduire promptement Pour qu’elle s’en réjouisse et s’en divertisse.
VII. E s’eu ja vas emperador Ni vas rei vauc, si ‘m vol grazir Tot aissi com al seu trachor Que no ‘l sap ni no ‘l pot gandir Ni mantener, ostatge Me lonh en us estranhs renhatz ! Cais si serai justiziatz E fis de gran damnatge, Si ‘l seus gens cors blancs e prezatz M’es estranhs ni m’ estai iratz.
Et si jamais j’allais chez un empereur Ou un roi, et qu’il veuille m’accueillir Toute à la façon d’un traitre Qui ne saurait, ni ne pourrait le protéger, Ni même le soutenir, Et qu’il m’envoie comme un otage vivre en des contrées lointaines ! Alors, je serais puni de la même manière Et je souffrirais un aussi grand dommage Que si celle, si gracieuse et estimée, M’éloignait d’elle ou se montrait fâchée à mon endroit.
VIII. E vos entendetz e veiatz Que sabetz mo lengatge, S’anc fis motz cobertz ni serratz, S’era no’Is fatz ben esclairatz.
IX. E sui m’en per so esforsatz Qu’entendatz cals chansos eu fatz.
Et vous qui entendez et voyez Et connaissez ma langue, Si jamais j’ai usé de mots couverts et obscurs (trobar clus) Désormais, je les choisis bien clairs (trobar leu).
Et j’ai mis tant d’efforts en cela que vous comprendrez les chansons que j’ai faites.
(1) boscatge : bois, bocage
(2) Littré. Oiseau branchier : terme de fauconnerie, jeune oiseau qui, n’ayant point encore de force, vole de branche en branche en sortant du nid. Historique XIVe s . L’esprevier est dit branchier ou ramage, pour ce que, quant il soit pris, il vole sur les rainceaux ou sur les branches.
(3)Passatge : traversée, mais peut être aussi utilisé en relation à la croisade. S’il s’agit bien de cela, ce que nous croyons, on peut rattaché cette allusion au razo qui nous conte que Giraut de Bornelh partit, aux côtés de Richard Coeur de Lion, pour la 3ème croisade et le siège d’Acre.
En vous souhaitant une belle journée.
Frédéric EFFE Pour moyenagepassion.com A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes
NB : l’image en tête d’article est un montage. On y voit l’enluminure de Giraut de Bornelh du Manuscrit Français 12473 (retouchée par nos soins) ainsi que le début de page correspondant dans l’ouvrage. Conservé au département des manuscrits de la BnF, ce manuscrit médiéval, daté de la deuxième moitié du XIIIe s, est encore connu sous le nom de Chansonnier provençal K ou même plus laconiquement Chansonnier K ( à consulter sur Gallica) .
Sujet : chanson médiévale, poésie, amour courtois, roi trouvère, roi poète, lyrisme courtois, trouvères, vieux-français, Oïl Période : Moyen Âge central Auteur : Thibaut IV de Champagne (1201-1253), Thibaut 1er de Navarre Titre : « Amors me fet conmencier» Interprètes : Ensemble Athanor Album : Chansons de Thibaut de Champagne Roi-Trouvère (1201-1253) (1983).
Bonjour à tous,
ujourd’hui, nous vous invitons à nous suivre sur les rives du XIIIe siècle. Nous y poursuivrons l’exploration du répertoire musical du comte de Champagne, roi de Navarre et célèbre trouvère, Thibaut IV, rebaptisé également Thibaut le chansonnier.
Une chanson courtoise et légère
Amors me fet conmencier : le titre de cette composition annonce d’emblée la couleur. C’est le sentiment amoureux qui inspire notre trouvère et le pousse à écrire. Sur l’œuvre assez conséquente qu’il nous a léguée, on se souvient que plus de la moitié reste dédiée à la lyrique courtoise et à la fin’amor. Cette chanson en fait donc partie.
À l’habitude, l’engagement du prétendant à servir l’élue de son cœur est présenté comme total et qu’importe si cette dernière ne s’est pas encore prononcée en sa faveur. Dusse-t-il aller jusqu’à la mort, sans se dédire ni se désengager, l’amant courtois aura, au moins, la satisfaction d’avoir accompli sa quête et d’avoir servi dignement « Amors » et ses règles exigeantes. « Les observateurs pourront même en témoigner » : la réputation du roi trouvère comme loyal amant sera notoire et on est, ici, dans la recherche d’une légitimation sociale de la conduite courtoise, loin des « médisants » auxquels cette lyrique (souvent transgressive) nous a fréquemment habitué. La dame, elle, ses désirs et son bon vouloir, restent attendus et espérés. Elle est la maîtresse des horloges, comme le dit une expression à la mode, mais aussi de la décision.
Si tous les codes de l’amour courtois sont bien présents dans cette pièce du roi trouvère, on notera que le ton reste plutôt léger et optimiste. À tout le moins, il se montre moins « dolent » ou affecté que l’amant qu’on retrouve, parfois, dans certaines chansons courtoises de ce même Moyen Âge central ; on pense à des auteurs plus fébriles et transis qui y présentent leur vie sur le fil, toute entière suspendue au désir de la belle, pour des chansons faisant un peu l’effet (passez-nous l’expression) d’être écrites du haut d’un pont. Entre ivresse de l’amour, impatience mortifère et morsures du désir inassouvi (dont l’amant courtois aime à se délecter), Thibaut semble, pour cette fois, avoir choisi son camp. On le retrouvera, ici, plus du côté de la joie que du « pathos » (modernisme hors contexte historique mais assumé). Pour verser un peu dans le marxisme — pas celui de Karl, mais celui de Groucho en médecin prenant le pouls d’un homme en se servant de la petite aiguille de sa montre (film A day at the race, 1937) « Soit cet homme est mort soit ma montre est arrêtée » — : soit la belle est à demi-acquise, soit notre noble chevalier est optimiste, soit il se situe totalement dans la distance de l’exercice littéraire.
Sources manuscrites médiévales
On retrouve cette chanson courtoise de Thibaut IV de Champagne dans un certain nombre de manuscrits d’époque. Pour vous la présenter avec sa notation musicale, nous avons opté ici pour le MS Français 24406. Cet ouvrage du XIIIe siècle, actuellement conservé au département des manuscrits de la BnF, contient sur 155 feuillets, 301 pièces de trouvères et d’auteurs du Moyen Âge central : Adam de la Halle, Blondel de Nesle, Gace Brûlé, Guiot de Dijon et bien d’autres plumes des XIIe et XIIIe siècles s’y trouvent présentées. Si vous en souhaitez le détail, le manuscrit est consultable sur Gallica. Vous pourrez également trouver l’ensemble de ces auteurs, jeux partis, textes et chansons référencés dans la Bibliographie des Chansonniers Français des IIIe et XIVe siècles signé de Gaston Reynaud (1884).
Pour la transcription en graphie moderne, nous nous appuyons sur l’ouvrage Les chansons de Thibaut de Champagne, roi de Navarre. Édition critique publiée par A. Wallensköld (1825, aux éditions Champion).
La belle version de l’ensemble Athanor
L’ensemble Athanor et Laurent Aubert
On retrouve Laurent Aubert à la création de cet ensemble suisse formé vers la fin des années 70. Voyageur, chercheur, ce musicien et anthropologue, c’est, jusqu’à nos jours, un artiste bien connu de la scène de l’Ethnomusicologie et des Musiques du Monde. Il est également à l’initiative de la revue des Cahiers d’ethnomusicologie et auteur de nombreux ouvrages de référence dans ce domaine. Il a également été en charge du Musée Ethnographie de Genève (MEG) pendant près d’une décennie.
En réalité, si Athanor s’est dédié principalement aux musiques médiévales, elles ne représentent qu’un aspect de la longue carrière de Laurent Aubert. Ce dernier s’est consacré intensément à leur pratique à la sortie de ses études, avec sa formation mais aussi en collaborant avec d’autres grands noms de la scène médiévale : Thomas Binkley, Jordi Savall et Montserrat Figueras, Paul van Nevel, l’ensemble Huelgas,,.. Pourtant, cette longue parenthèse de 10 ans n’a été que le prélude à bien d’autres aventures et l’appel du large l’a bientôt entraîné sur d’autres terrains (Népal, Afghanistan). Il s’y est passionné des musiques traditionnelles du monde, au sens large et c’est autour de ces dernières, de leur défense et de leur diffusion, qu’il a forgé la majeure partie de sa carrière.
L’album « Chansons de Thibaut de Champagne »
En 1983, l’ensemble Athanor proposait au public L’album Chansons de Thibaut de Champagne Roi-Trouvère (1201-1253). Bien centrée sur son sujet, cette production propose neufs chansons empruntées au répertoire médiéval du roi de Navarre. On y trouvera une sélection assez variée du point de vue thématique : amour et lyrique courtoise, tenson, chant de croisade, mais aussi des compositions plus pieuses.
L’album est sorti originellement en vinyle mais il semble aujourd’hui difficile à trouver dans ce format. Si des versions CD ont pu exister, elles se sont, elles-aussi, raréfiées. Par les vertus du numérique, on peut toutefois trouver l’ensemble de l’album et de ses pièces à la vente, au format dématérialisé MP3. Voir le lien suivant pour plus d’informations : Les Chansons de Thibaut de Champagne roi-trouvère par Athanor.
Amors me fet conmencier en langue d’oïl et français actuel
Amors me fet conmencier Une chançon nouvele, Qu’ele me veut enseignier A amer la plus bele Qui soit el mont vivant: C’est la bele au cors gent, C’est cele dont je chant. Deus m’en doint tel nouvele Qui soit a mon talent! Que menu et souvent Mes cuers por li sautele.
Amour me fait commencer Une chanson nouvelle, Car il veut m’instruire Comment aimer la plus belle Qui soit vivante en ce monde. C’est la belle au corps gracieux, C’est celle que je chante. Dieu m’en donne des nouvelles Qui soit selon mon désir ! Car, souvent et fréquemment, Mon cœur bondit pour elle.
Bien me porroit avancier Ma douce dame bele, S’ele me voloit aidier A ceste chançonele. Je n’aim nule riens tant Conme li seulement Et son afetement, Qui mon cuer renouvele. Amors me lace et prent Et fet lié et joiant, Por ce qu’a soi m’apele.
Bien me pourrait devancer Ma douce belle dame, Si elle voulait m’aider Avec cette chansonnette. Je n’aime nulle chose autant Qu’elle, et elle seule, Et ses belles manières* Qui ravivent mon cœur, . Amour m’enlace et me prend Et me remplit de joie et de gaieté, En m’appelant à lui.
Quant fine amor me semont, Mult me plest et agree, Que c’est la riens en cest mont Que j’ai plus desirree. Or la m’estuet servir Ne m’en puis plus tenir – Et du tout obeïr Plus qu’a riens qui soit nee. S’ele me fet languir Et vois jusqu’au morir, M’ame en sera sauvee.
Quand Fine Amour m’invite, Grande joie et satisfaction m’en viennent, Car c’est la chose en ce monde Que j’ai le plus désirée. Et, désormais, il me faut la servir, Je ne m’en puis plus retenir – Et je dois lui obéir en tout, Plus qu’à toute autre créature enfantée. Si elle m’affaiblit (me fait languir), Et que j’aille à en mourir, Mon âme en sera sauvée.
Se la mieudre de cest mont Ne m’a s’amor donee, Tuit li amoreus diront Ci a fort destinee. S’a ce puis ja venir Qu’aie, sanz repentir, Ma joie et mon plesir De li, qu’ai tant amee, Lors diront, sanz mentir, Qu’avrai tout mon desir Et ma queste achevee.
Si la meilleure en ce monde Ne m’a son amour donné, Tous les amoureux diront Que c’est, là, fâcheuse destinée. Et si je ne puis jamais parvenir A obtenir, sans me dédire Ma joie et mon plaisir Par celle que j’ai tant aimée, Lors ils diront, sans mentir, Que je serais venu à bout de tout mon désir et de toute ma quête.
Cele pour qui souspir, La blonde coloree (1), Puet bien dire et gehir Que por li, sanz mentir, S’est Amors mult hastee.
Celle pour qui je soupire, La blonde couronnée Peut bien dire et avouer Que pour elle, sans mentir, L’Amour s’est beaucoup hâté.
* Afetement, afaitement, affaitement : peut désigner un certain nombre de choses qui vont de l’éducation, la largesse, les bonnes manières, la convenance, la courtoisie. En chevalerie, il peut encore désigner la notion d’accomplissement. On le retrouve également en fauconnerie où il désigne la manière de dresser un rapace à la chasse.
(1) Variante dans un manuscrit : la blonde coronée
En vous souhaitant une belle journée. Fred Pour moyenagepassion.com A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.
NB : en arrière plan de l’image d’en-tête, on peut voir les enluminures et miniatures du feuillet 1 du MS Français 24406.
Sujet : troubadour, galaïco-portugais, cantigas de amor, cantigas de amigo, portrait, biographie, chanson médiévale. Période : Moyen Âge central, XIIIe siècle Auteur : Bernal de Bonaval (12..) Titre : Filha fremosa, vedes que vos digo Interprètes : Coro Thomas Tallis de Arduino Pertile
Bonjour à tous,
ujourd’hui, nous vous proposons de reprendre le fil de la lyrique galaïco-portugaise du Moyen Âge central. Nous serons, pour cela, accompagnés du troubadour Bernal de Bonaval et de l’une de ses cantigas de Amigo. Mais avant de vous présenter cette pièce, disons déjà un mot de ce poète du XIIIe siècle.
Bernal de Bonaval, éléments de biographie
Actif dans les premières décennies du XIIIe siècle, Bernal de Bonaval (Bernardo, Bernaldo de Bonaval) est cité dans certains manuscrits dédiés à la lyrique galaïco-portugaise, comme « premier des troubadours ». Il faut, toutefois, prendre cela plus comme une marque d’importance de son œuvre, que comme une datation absolue. Bernal fait, en effet, partie de la seconde génération de troubadours qui mirent en place et développèrent cette école poétique et ses différentes formes lyriques.
D’un point de vue biographique, l’homme est galicien, originaire de Bonaval, village qui fait désormais partie de l’agglomération de Saint-Jacques de Compostelle. Il écrit principalement, des Cantigas de Amor et des Cantigas de Amigo, genres particulièrement importants dans l’école galaïco-portugaise. Ses compositions ont vraisemblablement été jouées devant des cours prestigieuses comme celle de Fernando III de Castille et, sans doute plus tard, celle d’Alphonse X(1). Ce dernier souverain fera, en tout cas, une étrange référence au troubadour dans une chanson satirique adressée au poète Pero da Ponte.
« Vós non trobades come proençal, mais come Bernardo de Bonaval; por onde non é trobar natural, pois que o del e do Dem’aprendestes. »
« Vous ne pratiquez pas l’art du trobar comme un provençal Mais plus comme Bernal de Bonaval ; De ce fait, ce n’est pas un art troubadouresque naturel Puisque vous l’avez appris ou de lui ou du démon. »
Alfonso X – Pero da Ponte, par’o vosso mal – Cantiga de escarnio
Encore une fois, l’adresse du roi est faite à Pero de Ponte et la nature diabolique à laquelle il se réfère est sans doute plus une référence directe à un texte de ce dernier. Sans nous aventurer trop loin, on peut au moins voir dans cet extrait, la reconnaissance par le souverain espagnol d’un style poétique à part entière qui distingue Bonaval de l’école provençale, mais aussi de la préférence marquée d’Alphonse X pour cette dernière.
Prieur et frère dominicain ?
Certains auteurs ont émis l’hypothèse que Bernal de Bonaval a pu, également, avoir été ordonné frère dominicain à Saint Jacques de Compostelle. L’hypothèse se base, pour l’instant, sur un seul document juridique datant de 1279. On y trouve mentionné un « frère Bernardo, prieur de Bonaval ». Il pourrait peut-être s’agir du troubadour. Difficile de l’affirmer. Le cas échéant, notre troubadour viendrait s’ajouter à la liste des religieux ayant contribué à alimenter la lyrique galaïco-portugaise profane (2).
Œuvre et sources manuscrites
Pour ce qui est du legs de Bernal de Bonaval, son œuvre conservée est riche d’un peu moins d’un vingtaine de poésies. Ces 19 pièces gravitent principalement autour de Cantigas de Amigo (10) et de Cantigas de Amor (8) avec encore une tenson (3).
On peut retrouver la majeure partie de cette œuvre dans le Cancioneiro da Biblioteca Nacional (Chansonnier de la bibliothèque nationale de Lisbonne), connu encore sous le nom de Codice ou Chansonnier Colocci Brancuti. Avec plus de 1560 pièces, ce manuscrit, daté du XVIe siècle, présente un nombre impressionnant de cantigas qui font de lui un ouvrage d’exception de la lyrique médiévale galaïco-portugaises. Plus de 150 troubadours et poète du Moyen Âge y sont répertoriés, aux côtés de notre auteur du jour. D’un point de vue esthétique, ce manuscrit ancien demeure assez sobre. Retranscrit par 6 copistes différents, il présente les œuvres sur deux colonnes d’une écriture tantôt très dense et sans fioriture, et tantôt plus soignée et un peu plus aérée. S’il n’est pas enluminé et si les chansons n’y sont pas non plus notées musicalement, il reste le fruit d’un travail énorme de compilation et d’indexation.
Ai, filha fremosa, la cantiga de amigo d’une mère à sa fille
Pour compléter notre découverte de ce troubadour galicien, vous proposons de découvrir, dors et déjà, une de ses pièces. Il s’agit d’une Cantiga de Amigo. Nous avons déjà exploré quelques-unes de ces chansons médiévales destinées à l’être aimé avec des auteurs célèbres de la péninsule ibérique, comme Martin Codax, Denis 1er du Portugal, Estevao Coelho ou encore Lourenço Jograr .
Celles que nous avons vu jusque là, mettaient plutôt en scène une jeune fille dans l’attente de son ami/amant. Dans ce type de cantigas, il n’est pas rare que le poète place les paroles dans la bouche même de cette dernière. Dans la cantiga du jour, Bernal de Bonaval a choisi de mettre en avant le personnage de la mère ; elle prendra la parole pour mettra en garde sa fille contre un trop grand empressement amoureux. Désireuse de la protéger, elle l’enjoindra même de ne pas voir son ami sans sa présence, en faisant, au passage, un brin de chantage affectif.
On retrouvera ces échanges entre mère et fille chez un certain nombre d’auteurs galaïco-portugais de la même période et des suivantes. Au delà du fond, on retrouve bien, dans cette poésie de Bonaval, le style épuré qui caractérise le genre : pièces, en général, courtes, mots simples et choisis, avec une emphase sur le refrain qui créé la tension et fait bien ressortir l’émotion du personnage mis en scène.
La version polyphonique du Coro Thomas Tallis
Pour la version musicale, nous vous proposons celle d’un sextet vocal italien issu de l’Ensemble DEUM et de la chorale Coro Thomas Tallis de Arduino Pertile. Nous vous avions déjà dit un mot de ces passionnés de musique ancienne, à l’occasion d’un article sur Thoinot Arbeau et sa chanson « Belle qui Tiens ma vie ». Ces chanteurs démontrent encore ici leurs grands talents vocaux. Notez au passage que leur chaîne youtube vous proposera une foule de contenus vocaux de très haut vol et toujours amenés avec une grande simplicité.
« Ai, filha fremosa » les paroles de Bernal de Bonaval et leur traduction
Filha fremosa, vedes que vos digo: que nom faledes ao voss’amigo sem mi, ai filha fremosa.
E se vós, filha, meu amor queredes, rogo-vos eu que nunca lhi faledes sem mi, ai filha fremosa.
E al há i de que vos nom guardades: perdedes i de quanto lhi falades sem mi, ai filha fremosa.
Ma charmante fille, fais cas de ce que je te dis : Ne parle pas à ton ami Sans moi, ah ! ma chère fille.
Et si toi, ma fille, tu veux mon amour, Je te prie que tu ne lui parles jamais Sans que je sois là, ah ! ma charmante fille.
Et il y a autre chose (de grande importance) dont tu ne te soucies guère Tu perds chaque mot que tu prononces face à lui Si je ne suis pas là, ah ! ma chère fille.
En vous souhaitant une belle journée.
Fred Pour moyenagepassion.com. A la découverte du Monde médiéval sous toutes ses formes.
(1)Songs of a Friend: Love Lyrics of Medieval Portugal, Barbara Hughes Fowler, The University of North Carolina Press 1996 ) (2) Voir aussi Bernal de Bonaval Trovador medieval, Cantigas Medievais Galego-portuguesas. (3)A Galiza e a cultura trovadoresca peninsular, António Resende Oliveira, Instituto de Historia e teoria das ideias – Faculdade de Lettras, Universidade de Coimbra.
NB : l’image d’en-tête est basée sur le Chansonnier Colocci Brancuti. On peut notamment y voir, la première page des chansons de Bernard Bonaval, avec la mention, à gauche, qui le désigne comme premier troubadour. Ce manuscrit a été digitalisé et il peut donc être consulté en ligne.